Je commence par une remarque sur le format. Je ne sais pas si 69 est le premier ouvrage édité par Les 3 Souhaits sous ce nouveau format, plus haut que les précédents, mais en tous cas c'est le premier que j'ai eu entre les mains.
De mon point de vue donc, l'anthologie érotique a fait passer la longueur du livre de 18 à 21 cm. Voilà voilà.
Le texte de Stéphane Beauverger, Eddy Merckx n’est jamais allé à Vérone, nous propose en ouverture une vision toute nuancée.
Je me suis demandé si la nouvelle salue l’évolution de notre société depuis 1969, ou au contraire nous signale à quel point rien n’a changé.
En définitive, les deux sans doute.
Beauverger nous permet de nous rappeler les fantastiques avancées de la libération sexuelle, notamment pour les femmes. Mais en même temps il nous rappelle aussi que non, aucune femme n’est allée sur la Lune, et que le problème des femmes battues reste d’actualité.
Le texte joue sur le beau et le moins beau des quatre décennies qui nous séparent désormais de 1969.
Les derniers mots de la nouvelle finissent par des points de suspension : « tout allait changer… » Ou presque, ne peut-on s’empêcher de compléter.
Peu de textes abordent la sexualité comme sujet même de la nouvelle. J'avoue que je m'attendais à une attaque plus franche du thème, même s'il s'agit d'une anthologie placée sous le signe de l'érotisme et non pas de la sexualité.
Saturnales de Maia Mazaurette, un des excellents textes de ce recueil, est pratiquement le seul dans ce cas.
Sans une once d'érotisme d'ailleurs, au contraire, mais avec un certain nombre d'inversions des valeursqui sont très réussies. Découverte de cette auteur pour moi, j'ai beaucoup aprécié son ton froid et détaché, presque médical.
Les nouvelles de Daylon (Misvirginity), Charlotte Bousquet (Les métamorphoses d’une martyre), ou Vestiges de l’amour de Jean-Marc Ligny
n’apportent pas grand-chose à l’anthologie. Si elles se lisent sans déplaisir, elles manient de vieux clichés sans trouver comment les renouveller.
La nouvelle de Francis Berthelot (LXIX), une histoire réussie de fantasmes entre hommes et de cinéma interactif, est de grande qualité, même si la fin un peu trop rapide-facile déçoit.
Sylvie Lainé (Toi que j’ai bue en quatre fois) expérimente les histoires d’amour décomposées par la chimie. Pas mal du tout, j’aurais même aprécié que l’exploration des quatres « phases »
soit un peu plus consistante. Mais la fin, elle aussi, est téléphonée.
Ca aurait quand même été plus marrant si ça avait été mieux en décomposant, plutôt que moins bien comme on s’y attendait.
En parlant de marrant, la nouvelle la plus courte du recueil, Sabbat de Gudule, remplit parfaitement ce rôle. Bien aimé, vraiment.
Les nouvelles Descente de Virginie Bétruger (nouvel auteur pour moi) et Louise Ionisée de Norbert Mermajagnan (dont c'est le premier texte que je lis même si son roman paru chez DLE en 2008 fit le buzz en son temps)) jouent également, au moins en partie, sur le registre de l’humour. Celle de Bétruger joue sur les deux registres privé/public : ce qu’on peut dire devant les médias, et ce qui s’est dit en vrai. Un grand écart réussi.
Merjagnan utilise, plutôt bien, le seul sextoy vivant de l’anthologie.
Enfin, les nouvelles de Mélanie Fazi et Joëlle Wintrebert, respectivement Miroir de Porcelaine et Camélions. Ben je les ai relues
plusieurs
fois chacune. Je ne vois pas ce que je peux dire d’autre. Splendides.Enfin, je constate que la mort est présente dans quasiment tous les textes. Etrange, non?
Volonté délibérée des anthologistes, ou hasard inconscient? En tous cas, clairement, eros et thanatos, eux, continuent à s'accoupler avec délices.