Avec La voie du sabre, Thomas Day m'avait passionné pour Musashi, ce qui m'avait motivé pour lire La pierre et le sabre ainsi que La parfaite lumière de Eiji Yoshikawa. Même cause, mêmes effets ici. Le trône d'ébène est clairement à l'origine de mes quelques recherches sur Chaka en littérature. Et là je tombe sur un texte africain écrit à l'origine en langue souto sur ce thème : je fonce, je saute sur l'occasion !
Ainsi, rien de mieux qu'une épopée écrite par un membre d'un des peuples impliqué dans le chaos amené par Chaka en son temps. Ici le récit se structure comme une épopée en prose. On n'est pas loin de l'esprit de l'Iliade où l'on voit un homme -- Chaka -- aidé d'un puissant sorcier ambitionner le pouvoir avant de se voir dévorer par l'objet de sa passion.
Moins fantasy (forcément) que le roman de Dumay mais plus authentique (ce qui parait là aussi logique) ce roman permet de voir comment les acteurs de ce drame historique qu'a été le règne de Chaka, voient cette singularité historique. Et d'un certain côté, l'ambition démesurée de cet homme nous renvoie à Alexandre ou à Gengis Khan. La folie du pouvoir et ses dérives sont décidément une chose bien partagée.
Néanmoins, ce roman souffre quand même de quelques faiblesses. Un rythme qui parfois peine à soutenir l'action par exemple. Notamment sur la fin où le paroxysme de la folie de Chaka, atteint trop tôt, donne une impression de fadeur et de lenteur un poil excessive aux derniers chapitres. Pourtant, malgré ces quelques faiblesses, ce roman est fascinant ; pour son approche de fait exotique et "en interne" de la mystique africaine ; pour son ancrage dans des faits historiques malgré le système mythique qui le sous-tend ; pour la leçon sur le prix du pouvoir et son universalité.
Un roman à lire, donc, surtout si vous avez apprécié Le trône d'ébène et qu'une vision plus autentique de Chaka vous tente.