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Une certaine idée de la Science-Fiction |
30/04/2005 à 13h27 |
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L'enthousiasme (que je partage) d'Olivier au sujet du recueil de Claude Ecken, Le monde tous droits réservés, ainsi que diverses réactions glanées çà et là m'amènent à me (re)poser des questions sur la place de la science dans la SF française. Un rapide tour d'horizon des inédits publiés depuis le début du millénaire montre peu d'auteurs chez qui elle est une préoccupation majeure : seuls Sylvie Denis, Claude Ecken et Jean-Jacques Girardot chassent régulièrement sur les terres de Greg Egan en se préoccupant des conséquences morales et sociologiques des développements des technosciences. On pourrait ajouter Laurent Genefort qui a toujours soigné les aspects scientifiques, et c'est à peu près tout. (Si cette liste comporte à votre sens un oubli majeur, merci de la compléter.)
Ce qui fait la force de tous les auteurs cités ci-dessus, c'est leur capacité à prendre en compte les avancées technologiques et scientifiques pour y trouver matière à récit, leur volonté d'être l'artisan d'une transition entre ce qui relève du domaine scientifique et ce qui appartient au domaine littéraire, leur habileté à transformer une nouvelle technologie en une question de société ou une idée scientifique en une question profondément humaine. Ils interrogent la science, comme l'ont fait nombre d'auteurs de SF avant eux. Et les trois premiers ont surtout écrit des nouvelles dont certaines ont été réunies en recueil.
Ces gens-là écrivent simplement de la Science-Fiction, et ils en ont conscience, et c'est ce qu'ils désirent. Ils défendent une certaine idée du genre, chacun à sa manière. Ils ont peu publié sur une longue période à peu près équivalente (Claude Ecken étant le plus prolifique avec une dizaine de romans, mais dans une demi-douzaine de genres différents), et leur premier recueil est sorti (ou, dans le cas de Sylvie Denis, a été réédité abondamment augmenté avec une bien meilleure diffusion) au cours des deux ou trois dernières années.
L'apparition de ces recueils de nouvelles extrapolant à partir des technosciences au milieu d'une période dominée éditorialement par la fantasy me paraît tout à fait intéressante. Comme un indice d'un recentrage possible sur le cœur du genre : la "fiction scientifique". J'ai mis des guillemets car le terme peut sembler vieillot, mais je n'en vois pas de plus adapté pour décrire la démarche de Greg Egan ou des trois auteurs en question — et, à un moindre degré, celle de Genefort. Un autre indice serait l'excellent résultat réalisé par l'édition poche d'Isolation, qui montre qu'un bon livre réputé difficile peut se vendre aussi bien, sinon mieux que d'autres à l'accès censément plus simple.
Tous les commentaires sont les bienvenus.
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RE : Une certaine idée de la Science-Fiction
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01/05/2005 à 17h53
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Perplexe, je suis. Je crains de faire un post trop confus mais tant pis !
Si j’ai bien compris, tu axes ta réflexion sur la SF française et je ne suis pas du tout à l’aise pour enrichir ce thread car je l’avoue: quand je souhaite lire de la fiction scientifique, je ne pense pas à me tourner vers
- de la SF française
- des nouvelles (il aura fallu toute la force persuasive d’Olivier pour enfin me convaincre qu’une nouvelle pouvait être autre chose qu’un roman avorté. Plus de trente années de préjugés sur cette forme littéraire, je le reconnais. Mea maxima culpa. Je préfère quand même le roman, soit dit en passant. ;) )
alors a fortiori des nouvelles de SF française …
Il semblerait que ce soit une erreur à réparer. ;)
Tout cela pour dire qu’alliant un manque de recul et une inculture patente à une méconnaissance totale des chiffres éditoriaux, je ne sais bien évidemment pas s’il faut voir, au travers des 4 auteurs que tu cites, un indice de renouveau de la fiction scientifique française voire même au-delà - pourquoi pas - un éventuel indice de potentielle prééminence de ce type de SF par rapport aux autres thèmes présents dans la SF française.
J’ai finalement plutôt des questions (des questions dont j’ignore vraiment les réponses, entendons-nous bien) :
- la fiction scientifique française n’a-t-elle pas toujours eu quelques représentants ? Ces quatre auteurs constituent-ils un % exceptionnel et remarquable par rapport aux années 80-90 ? Comme tu le dis, il semblerait qu’il y ait "peu d'auteurs chez qui elle est une préoccupation majeure" et c’est vrai, qu’à côté des auteurs que tu cites, pas mal d’autres ne naviguent pas vraiment du côté "technosciences".
- Un auteur que j’aime personnellement beaucoup est Jean-Michel Truong. Pourquoi cet auteur semble t-il "à part" ? Pourquoi en est-il si peu question dans les discussions relatives à la SF française ? C’est pourtant bel et bien un auteur extrapolant à partir des technosciences pour reprendre ton expression. C’est également un auteur qui me semble être plus connu du grand public que certains auteurs de SF bien connus du fandom et très peu du grand public.
Et une remarque aussi :
Même si ce n’est guère un auteur qui me passionne, tu peux sans doute rajouter à ta liste le nom de Bernard Werber comme indicateur possible d’un certain goût du lectorat français pour de la SF à connotation scientifique. Nous sommes certes loin d’une teinture scientifique de haut niveau mais cette teinture est bien là, chez cet auteur. Or B. Werber a du succès. On ne saurait en faire abstraction et peut-être faut-il y voir un goût des lecteurs (même des mundanes – terme employé sans connotation péjorative) pour la fiction scientifique et donc un espoir pour un possible engouement du public ?
Il me semble – et ce, même si je suis consciente du fait que nous sortons de la SF – que la notoriété de personnes comme Hubert Reeves - montre que beaucoup de gens sont très intéressés par les implications humaines/philosophiques des avancées de la science et qu’une fiction scientifique de qualité devrait trouver sa place dans ce public pas forcément acquis à la SF mais qui me paraît à priori ouvert à une réflexion étendue.
L’idéal ne serait-il pas d’ailleurs que certaines œuvres de fiction scientifique puissent être un jour considérées comme un sous-ensemble de l’épistémologie dans une large acception de ce terme, bien sûr ?
A titre personnel, je me réjouirais que la fiction scientifique occupe une place de choix dans la littérature et surtout qu’elle rencontre l’adhésion de beaucoup.
Pour ce type de littérature, il en va de même que pour la musique ou la peinture. Point n’est besoin de connaître la musique pour l’apprécier. Point n’est besoin de connaître la peinture pour aimer regarder des tableaux. Point n’est besoin de connaître les sciences pour aimer la fiction scientifique. Mais le mot "scientifique" fait peur. Beaucoup appréhendent- à tort - de ne pas comprendre un livre où on parlerait de science. Pourtant, ainsi que tu le soulignes, le bon auteur de fiction scientifique sera celui qui saura avec habileté "transformer une nouvelle technologie en une question de société ou une idée scientifique en une question profondément humaine" et là tout le monde peut et a forcément son mot à dire.
Voilà. J’espère que je n'ai pas été trop "hors-sujet" et que tu n’utiliseras pas ce tir d’artillerie précis, efficace mais parfois sans concession, qui est le tien quand tu n’es pas d’accord. ;)
J’essaie juste d’alimenter un sujet qui est à mon avis, extrêmement intéressant mais qui nécessite de la part de ceux qui en débattraient une connaissance pointue de la SF et du monde de l’édition dont hélas, je ne peux me targuer.
PS Je précise que je n’ai pas cité B. Werber pour ouvrir une quelconque polémique mais pour souligner que son succès reflète peut-être une certaine disposition favorable du public par rapport à des ouvrages de fiction scientifique. Ce serait donc cool que cela soit lu dans cette optique. Merci. ;)
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RE : Une certaine idée de la Science-Fiction
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01/05/2005 à 19h37
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J’ai toujours été une bille en matière de tri et classements ! Je dirais que mon intérêt pour la lecture ratisse large et que j’ai une tendance naturelle féroce à nier les contraintes de genres… quoique je me sois régalé avec l’Oulipo !!!
Houps ! Déjà je m’éparpille…
Je prends généralement la dénomination sf au sens large un peu comme le font les libraires dans la disposition savamment étudiée des livres qu’ils veulent vendre…
Pour ceux qui auront lu « Transparence » d’Ayerdhal, le classement sf pourra peut-être passer pour abusif mais je l’ai trouvé en rayon sf. Et j’ai trouvé « Demain, une oasis » dans le rayon romans français alors que son contenu est beaucoup plus dans le genre qui nous réunit !!!
Pour « Transparence », l’auteur a sérieusement étudié la psychologie mais il est vrai que ce n’est pas une techno science ! Et je dois dire que lorsque l’étalage de techno science est trop féru, je me sens « largué » et je décroche…
Je lis actuellement « Réalité partagée » de Nacy Kress (premier d’une trilogie dont les deux seconds, « Artefacts » et « Les faucheurs », m’attendent bien sagement).
Elle fait référence à la physique, aux mathématiques (j’ai ainsi fait la connaissance de Scharzschild, Hausdorf et je m’accroche pour les suivants) mais aussi à l’histoire, à l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, puis la médecine, la géologie, enfin ça fuse de tous les côtés avec des points de vue socio politiques comme je les aimes…
En fait, j’aime diversifier mes lectures, en évitant tout cloisonnement trop aiguë des genres, car j’aime les mélanges qui font pour moi la richesse des découvertes… J’aime passer d’un univers d’écriture à l’autre car cela me déstabilise et me force à renouveler mon champ de vision, à le revivifier. J’aime aussi aller à la rencontre de nouveaux auteurs sans savoir à priori où ils vont m’emmener et de toutes façons, je suis incapable de les classer.
Désolé d’être si rapide dans ma réponse mais, me plaçant simplement comme lecteur amateur, je voulais simplement dire que les classements trop rigoureux me sont difficile à appréhender car je suis très sensible à la découverte de l’inattendu et de la diversité.
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RE : Une certaine idée de la Science-Fiction
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02/05/2005 à 12h59
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Je me doutais bien que le sujet amènerait des réactions intéressantes. Voici deux ou trois rapides commentaires...
D'abord, merci à Zomver pour m'avoir rappelé Truong. C'est l'exemple rare d'un auteur venu de l'extérieur du champ SF qui a réussi son intégration dans le genre sans en avoir l'étiquette. Il a tout à fait sa place dans le décor que j'ai esquissé, un peu à la périphérie du "groupe des trois" — comme Genefort mais dans une autre direction, plus prospective.
Le cas de Werber est plus douteux. Si ses premiers romans (Les Fourmis et leurs suites) relevaient d'une fiction à base scientifique rappelant l'anticipation française de l'entre-deux-guerres, je me suis laissé dire que les suivants basculaient dans... disons le "new age" pour simplifier.
| | | | | | Citation :
L’idéal ne serait-il pas d’ailleurs que certaines œuvres de fiction scientifique puissent être un jour considérées comme un sous-ensemble de l’épistémologie dans une large acception de ce terme, bien sûr ? |
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Voilà une idée bien audacieuse ! Mais elle me plaît bien car elle rejoint ma propre théorie selon laquelle une certaine SF représente un "pont" entre la vulgarisation scientifique et la littérature stricto sensu. En gros, oui, la SF a sans doute sa place dans l'histoire des sciences, mais elle ne l'a pas encore trouvée.
Je suis tout à fait d'accord avec Sylvain quand il dit que la hard science et le space opera sont proches du cœur du genre. Cela dit, mon message d'origine ne parlait pas spécifiquement de hard SF, même si l'on peut désigner ainsi une bonne partie de l'œuvre de Greg Egan et de Jean-Jacques Girardot. La fiction scientifique n'est pas la hard SF ; c'est un territoire plus vaste, se joue des sous-genres : on la trouve aussi bien dans le space op' que dans le cyberpunk, dans l'anticipation à court terme que dans la création de mondes étrangers.
ça ne m'étonne pas que tu aies trouvé Transparences dans le rayon SF, Syliodj. Le Roi d'août, de Michel Pagel, s'y trouvait lui aussi. Certains libraires ne lisent pas les livres et rangent automatiquement les romans de auteurs de SF/Fantastique/Fantasy dans le rayon SF/Fantastique/Fantasy, sans se préoccuper de leur contenu. (C'est comme ça que les polars/SF se trouvent éclatés entre le rayon SF/etc. et le rayon polar en fonction de l'auteur et de l'éditeur, mais c'est une autre histoire...)
| | | | | | Citation :
les classements trop rigoureux me sont difficile à appréhender car je suis très sensible à la découverte de l’inattendu et de la diversité |
| | | | | | |
En fait, chacun classe à sa manière, on ne peut rien contre ça. Cependant, il existe quelques critères simples qui permettent de s'y retrouver quand, comme moi, on recherche un certain esprit, un certain feeling. Distinguer la fiction scientifique (qui prend la science au sérieux, et l'emploie comme ossature du récit) de ce qu'on pourrait appeler la "Sci-Fi" (où l'aspect scientifique n'est qu'un vernis) est à mon sens une manière de se rendre compte que le regard de l'auteur sur la science possède une grande importance. La SF moderne s'est bâtie sur la fiction scientifique et sur une certaine idée du "progrès" ; que celle-ci ait été remise en question par la suite, dès Hiroshima en fait, influe sur les aspects de la fiction scientifique, non sur sa nature.
La fiction scientifique nourrit l'imaginaire de l'auteur, mais la forme est laissée à son appréciation. De mon point de vue, Jean-Jacques Girardot est un auteur plus "difficile" (ou moins directement "distrayant") que Claude Ecken ou Sylvie Denis, chez qui l'humain prend une plus grande part. Chez Greg Egan, je dirais que le plaisir est en grande partie dans la difficulté.
Ce que je veux dire, c'est que la fiction scientifique telle que je viens de très vaguement la cerner est riche en surprises et en variété. Tout aussi riche que la science elle-même, que la culture elle-même, que la nature elle-même. Parce que la palette disponible offre l'ensemble des possibles, et même quelques impossibles...
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RE : Une certaine idée de la Science-Fiction
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04/05/2005 à 21h59
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Mmmmh... Il va vraiment falloir que je découvre Claude Ecken.
| | | | | | ElJusticiero :
Je suis tout à fait d'accord avec Sylvain quand il dit que la hard science et le space opera sont proches du cœur du genre. […]La fiction scientifique n'est pas la hard SF ; c'est un territoire plus vaste, se joue des sous-genres : on la trouve aussi bien dans le space op' que dans le cyberpunk, dans l'anticipation à court terme que dans la création de mondes étrangers. |
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Je saisis cette occasion - même si c’est un peu hors-sujet - pour dire que l’ ESA (Agence Spatiale Européenne) s’est intéressée de près à ce "vaste territoire" de la fiction scientifique via le projet ITSF (Innovative technologies from science-fiction for space applications ) .
Ce projet a consisté à passer en revue un grand nombre d’ œuvres de SF (littéraires, cinématographiques, artistiques) "afin d'y rechercher les technologies et concepts novateurs qui seraient susceptibles d'être développés plus avant pour des applications spatiales ainsi que les créations de l'imagination qui présenteraient des possibilités de développement à plus long terme par le secteur spatial européen".
Une brochure est disponible via le Net. Vous en trouverez l’index ici.
Concernant la réflexion engagée dans ce thread à propos de la "fiction scientifique" comme "cœur du genre" SF, je vous recommande de lire tout particulièrement :
- "Quelques réflexions sur les idées et les images de la science-fiction"
Patrick Gyger, Maison d'Ailleurs
Extrait 1 : "La science-fiction définie comme la science-fiction pure, cette forme de la littérature d'imagination qui s'articule selon l'écrivain Allen Steele autour de données scientifiques établies ou soigneusement extrapolées au contraire de la fiction spéculative principalement axée sur des modifications d'ordre social, peut de façon générale s'appuyer sur des spéculations d'ordre scientifique et s'efforcer par extrapolation d'étendre les possibilités qu'offre une technologie particulière."
Extrait 2 : "La science-fiction nous prépare par ailleurs à accepter que les technologies se plient à de nouveaux modes d'emploi; elle nous presse et nous incite à les maîtriser".
- "Un doigt de science dans votre fiction..."
Jean-Claude Dunyach, Auteur de science-fiction (et ingénieur )
Extrait 1 : "Dans une oeuvre de science-fiction, la science n'est pas là que pour faire joli. C'est la baguette magique qui peut transcender le récit..."
(Plutôt que le terme "baguette magique", je préfèrerais dire simplement "l’élément". A part ça, je trouve que cette phrase est très juste).
Extrait 2 : "En fait, les partisans d'une science-fiction orthodoxe affirment même qu'un texte de science-fiction ne doit pas pouvoir être raconté autrement que par le biais d'un accouplement avec cette composante scientifique, qui doit à la fois engendrer le récit, lui donner son originalité et contribuer à sa résolution."
| | | | | | moi-même :
L’idéal ne serait-il pas d’ailleurs que certaines œuvres de fiction scientifique puissent être un jour considérées comme un sous-ensemble de l’épistémologie dans une large acception de ce terme, bien sûr ? |
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| | | | | | ElJusticiero :
Voilà une idée bien audacieuse ! |
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Tu crois ? Peut-être pas tant que ça ! Etymologiquement "épistémologie" ne signifie t-il pas "discours sur la science" ? Or une bonne partie de la SF peut être considérée comme une mine de réflexions (de "discours" ?) sur la science, ses usages, sa légitimité, ses conséquences.
Et puis, hop ! Pour le fun, on pourrait imaginer Bakounine jubiler en voyant vaciller la première Fondation du bon Docteur ou Heidegger s’émerveiller en lisant Isolation et en se disant que finalement si "La science ne pense (*) pas", la science-fiction peut le faire pour elle. Bon, j’exagère un poil.
(*) au sens de Heidegger penser = "rester dans le sillage du questionnement et de la contemplation de l'Etre "
| | | | | | ElJusticiero :
En gros, oui, la SF a sans doute sa place dans l'histoire des sciences, mais elle ne l'a pas encore trouvée. |
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Un jour, si des projets style ITSF sont fructueux, un chapitre finira peut-être par lui être consacrée dans le La Pléïade de L’histoire de la science quoique là je mélange allègrement sciences et techniques...
Et d’ailleurs, pourquoi pas un jour, un La Pléïade sur la SF ? Ce n’est pas une boutade : il me semble que les choses se décoincent et que de plus en plus de monde pense sérieusement à apporter à notre littérature de prédilection la place qui lui revient . Preuve en est que l’on trouve sur le Net pas mal de conférences/réflexions/thèses dans ce domaine.
Ainsi, toujours à propos de la "fiction scientifique", lire par exemple ici le § Cadre épistémologique -spéculations , ou les axes de réflexion de ce groupe de travail …
Proche de notre sujet, il y a aussi (apparemment, car je ne l’ai pas) matière à réflexion dans le N°149 de la revue québécoise de science-fiction Solaris avec cet article de Sylvie Allouche intitulé "Science-fiction et philosophie : pour une exploration des possibles de la techno-science"
…
| | | | | | ElJusticiero :
Ce que je veux dire, c'est que la fiction scientifique telle que je viens de très vaguement la cerner est riche en surprises et en variété |
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.
Certes et ce n’est pas ici que l’on te contredira même s’il faut garder à l’esprit qu’elle n’est qu’un gros sous-ensemble (la "science-fiction orthodoxe" de JC Dunyach ? Ce que tu appelles le"cœur de la SF" ? )de la SF.
Hmmmh ! Trop long tout ça mais je n'ai pas le courage d'élaguer ! Dsl ! :]
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 "Mes doigts sont verts et quelquefois ils tombent." (Le troupeau aveugle – John Brunner)
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RE : Une certaine idée de la Science-Fiction
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05/05/2005 à 14h53
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| | | | | | Citation :
Jean-Claude Dunyach : "En fait, les partisans d'une science-fiction orthodoxe affirment même qu'un texte de science-fiction ne doit pas pouvoir être raconté autrement que par le biais d'un accouplement avec cette composante scientifique, qui doit à la fois engendrer le récit, lui donner son originalité et contribuer à sa résolution." |
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Je n'aime pas l'adjectif "orthodoxe". Il n'y a pas d'orthodoxie ni de dogme en matière de Science-fiction. Par contre, il existe des "manières de faire", et il me paraît clair que placer la connaissance au cœur du récit en est incontestablement une. C'est là la grande originalité du genre, amha, la particularité autour de laquelle il s'est peu à peu cristallisé à partir de Frankenstein. On notera qu'énormément de textes réunis dans les six volumes de la Grande Anthologie de la SF française au Livre de Poche fonctionnent ainsi, alors que la proportion est au mieux inverse si l'on considère l'ensemble du corpus.
La SF française n'a eu de cesse de s'éloigner de la science, de s'en débarrasser comme d'une dépouille honteuse. Pour un roman comme Les Olympiades truquées, de Joëlle Wintrebert, qui pose un regard prospectif lucide sur un phénomène de société lié aux technosciences (le dopage), combien d'anticipations politiques nourries de mythes ? Pour un autre comme L'Ere du Pyroson, de Claude Ecken, combien de textes surréalistico-littératurants dépourvus de tout regard autre qu'effrayé sur la science ?
Le retour du space opera, qui commence au tout début des années 90 au Fleuve Noir, marque celui d'une SF en apparence néo-classique, dont la plupart des auteurs sont dans la trentaine au moment des faits. Mais les questions (techno)scientifiques ne les passionnent guère, à l'exception de Laurent Genefort, et, dans une moindre mesure, de Jean-Marc Ligny, qui soigne sa documentation astronomique. (Je ne dis pas que certains auteurs que je n'ai pas cité n'ont pas fait d'incursions sur le terrain de la "pensée" SF, mais elles sont demeurées incidentales. Personnellement, je plaide coupable. Largement.)
Sur la fin des années 90, la tendance vire au steampunk et à l'uchronie : passé rêvé (le futur est arrivé plus tôt) et passé remodelé. S'il y a une science (assez "molle", il est vrai) que la SF française emploie beaucoup, c'est bien l'histoire. Mais c'est quasiment la seule. Les technosciences passent à la trappe — ou alors, elles sont traitées à l'intérieur de la "bulle de présent", dans le cadre d'anticipations à court terme qui n'en sont pas vraiment, comme Les Racines du mal.
Il faut dire qu'il n'existe en France pour ainsi dire aucun discours critique sur la science, les technosciences et leur emploi comme moteur profond des récits de SF. C'est un aspect qui semble échapper actuellement à la plupart des personnes écrivant sur le genre. Du coup, l'emploi du terme science amène irrésistiblement celui de hard science (ou hard SF), comme si les deux ne faisaient qu'un. Or il y a une différence fondamentale entre, par exemple, Question de poids, de Hal Clement, et Une Porte sur l'été, de Robert Heinlein. Ou Isolation et Bleu comme une orange, de Norman Spinrad.
Je ne suis pas en train de parler ici d'une simple partie du champ SF, mais de ce que l'on trouve en général tout au fond d'une histoire de SF : cette alliance magique de la science et de la littérature menant à une percée conceptuelle, à une remise en question (même brève) du monde où nous vivons.
Mais, à la différence des "orthodoxes" évoqués ci-dessus, je crois que le terme "science" doit être étendu pour englober tous les aspects de la connaissance, jusques et y compris la culture. Sous cet angle, la SF apparaît telle que des gens comme John Brunner ou Michel Jeury : un outil merveilleux pour parler de tout le reste.
Et aussi d'elle-même, en fait.
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RE : Une certaine idée de la Science-Fiction
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08/05/2005 à 00h46
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| | | | | | ElJusticiero :
Mais, à la différence des "orthodoxes" évoqués ci-dessus, je crois que le terme "science" doit être étendu pour englober tous les aspects de la connaissance, jusques et y compris la culture. |
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Il me semble que tu rejoins là la notion de " Speculative Fiction" au sens où Robert Heinlein l’entendait ou encore le point de vue de Jacques Chambon qui a écrit à propos de la SF (*):
"[…]contrairement à une autre idée reçue, il ne s’agit pas seulement d’extrapoler à partir d’une étape de l’évolution de la science mais de n’importe quel aspect du présent se prêtant à une projection dans l’avenir ou dans quelque univers parallèle.[…] "
(*) Le futur a déjà commencé – Anthologie présentée par Michel Le Bris
| | | | | | ElJusticiero :
Sous cet angle, la SF apparaît telle que des gens comme John Brunner ou Michel Jeury : un outil merveilleux pour parler de tout le reste. |
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Ite missa est.
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 "Mes doigts sont verts et quelquefois ils tombent." (Le troupeau aveugle – John Brunner)
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